Discours de M. Bedel Responsable de la Zone F.F.I .B2
Comment en cet endroit, ne pas se remémorer l'épopée du maquis?
Comment ne pas rappeler l'histoire, brève, mais glorieuse du maquis de Scévolles?
De bonne heure, trois saumurois se sont jurés d'aider de leur mieux à la libération tant désirée. Gaulliste dès l'armistice, impatient de répondre à leur tour à l'appel du 18 juin 1940, ils quittent tout, leur famille, métier, amis, pour accomplir la mission sacrée ; bouter le teuton hors du pays de France 1° étape : le parc Chevallet, de Champigny-sur-Veude, au Nord de Richelieu : ils y rejoignent un petit groupe de patriotes avec lesquels se trouvent la mise sur pied de la résistance dans la région et l'organisation d'un maquis.
Le capitaine Albert Dureau, assisté de M. Savaton de Champigny-sur-Veude et de
M. Bodin du Richelais, prospectèrent le secteur Sud en Indre-et-Loire.
Quant au lieutenant Chansat, il visitera le Nord de la Vienne en compagnie de M. Duvals .
Enfin, c'est au lieutenant René Mabileau qu'il appartiendra de présider à la direction du futur groupe de maquis. Il est déjà en liaison avec le B.C.R.A. de Londres; il assurera la tâche de le créer, puis de le diriger. Bel exemple que celui d'un homme à qui la vie souriait, qui pouvait comme tant d'autres accepter d'être lâche ou peureux mais dont l'ardent amour a voulu tout donner à la Patrie.
Le 8 juillet 1944, Mabileau prend contact avec le capitaine Georges, chef du secteur Bordeaux-Poitiers-Tours.
A ce moment, deux hommes, une femme sont parachutés entre la Haye-Descartes et le Blanc. On les connait sous les vocables d'Adiol, Serfoitte, la Vénitienne.
Le 1° commande par intérim la zone B2 et deviendra César, le second, chef saboteur, a pour nom Jean Sibileau. Nous le pleurons aujourd'hui. Quant à l'amazône tombée du ciel, elle s'adonne spécialement aux transmissions par radio. Cette équipe, ce trio, met aussitôt à son actif la création du maquis Dominique.
Le capitaine Georges a vite fait de lier connaissance avec Mabileau et Adriale.
En même temps, Alfred, adjoint de César, monte un groupe franc à Richelieu, les armes parviennent à bon port, le 1° des lâchers de"containers" réussit à merveille à Champigny.
Mais le recrutement marche à tel rythme qu'il faut gagner un lieu sûr. Où aller? Pas d'hésitations, en forêt et le meilleur abri de la contrée, c'est évidemment la forêt de Scévolles.
Alors, c'est l'affluence des volontaires, paysans et jeunes hommes pour une bonne part lorrains, et même parisiens en bon nombre, mêlés à de vieux briscards de 1914. L'effectif atteint tout près de 700 hommes ; à ceux là, on peut tout demander, malgré les privations et les conditions inégales de la lutte, car ils ont mis leurs coeurs et leurs bras, sans réticences, au service d'un idéal qui les empoigne.
Des chefs, des troupes, des armes ! ces armes et les munitions complémentaires, César nous les procure par les parachutages de Martaizé annoncés par le code radio "de Morane à Curtiss".
Pour nous, quel branlebas quand ces nuits palpitantes où sous les vrombissements assourdis, des avions alliés, nous courions recueillir les précieux fardeaux : mitraillettes, bazookas et fusils mitrailleurs, qui iront garnir nos camps, de Roiffé, la Haye-descartes, d'autres encore.
Désormais, Scévolles est prêt à la bagarre. les coups de mains se succèdent, les convois ennemis ne s'aventurent plus qu'à demi sur la grande route qui joint Saumur à Poitiers, soucieux d'éviter un traquenard. Ne dit-on pas à la Felkommandantur 677 que se cachent dans ces bois 2000 maquisards...
La peur gagne le boche, c'est l'instant ou jamais ! Et un beau jour, en fin août, une colonne cycliste subit notre offensive : 40 hommes sont mis hors de combat ; de notre côté, Jean Sibileau tombe héroïquement. Le jour du 15 août, c'est René Mabileau qui n'était point rentré de mission et avec lui deux camarades.
Noublions pas non plus la tragique odysssée du Dr. Roy, père d'une très belle famille tourangelle, tué sur le chemin du maquis.
Après maintes sorties meurtrières où 21 des nôtres trouvèrent la mort des braves, ce fut la libération de Loudun et de Mirebeau. Puis, aussitôt, ou presque, le départ vers la poche de l'Atlantique, au Sud de la Loire.
Sans capote, sans bivouacs, les pieds dans des sabots, nos camarades ont connu un hiver terrible, il fallait aussi se battre et les privations se joignirent aux risques d'un combat inégal "Passe quand même" et, pour servir selon notre devise, celle aujourd'hui du 21° Régiment d'Infanterie, 25 autres volontaires des fils du peuple ardent et généreux ont donné leur vie à la Patrie.
Ah! que ne sombre jamais dans l'oubli le souvenir de ceux qui écoutèrent battre le coeur meurtri de la France, ont voulu de nos villes et de nos villages chasser le profil excécré du tyran nazi.
Noublions jamais ces héros obscurs, soldats d'un vrai maquis, d'un maquis blanc, peut-être, mais bleu aussi, couleur des sans-culottes et surtout rouge du sang de se fils.