Extrait de la préface de "sans gestes" édité par Eugène Fasquelle (édition de 1918).
L'auteur de Sans Gestes est mort glorieusement pour la France le 25 avril 1918, — le jour même où Madame la Comtesse de Noailles écrivait pour son livre l'émouvante préface que l'on vient de lire.
Maurice Bouignol était né à Saint-Servan le 16janvier 1891. I1 sortit de l'École Normale en 1914, comme agrégé des Lettres. Il avait, pendant son séjour à l'école, composé un recueil de poésies. Glaives et Médailles, qui paraîtra quelque jour. En mai 1914, il avait obtenu de l'Académie des Jeux Floraux le prix Pujol pour un poème : Simon de Montfort, et le Souci d'or pour une ode intitulée : Byzance. II partit le deuxième jour de la mobilisation, en qualité de sous-lieutenant au 249e régiment d'infanterie. Il a fait quarante-cinq mois de campagne et pris part à la retraite de Charleroi, à la bataille de la Marne, à la défense de Verdun, aux batailles de l'Ardenne, de l'Aisne et de la Somme. Son réel héroïsme lui valut quatre citations à l'ordre du jour, portant les dates du 17 mai, du 14 juillet, du 22 septembre 1916 et du 28 mai 1917.
Après la dissolution du 249e, il fut affecté au 39e régiment d'infanterie avec le grade de lieutenant et les fonctions de commandant de compagnie. Quelques jours avant d'être tué il venait d'être promu capitaine pour prendre rang à compter du 20 avril 1918. Voici quelques pages de la lettre écrite à son père par le colonel du 39e :
« J'ai perdu en lui un excellent officier... Beau soldat, d'une bravoure calme et réfléchie, toujours avec ses hommes qui l'adoraient et sur lesquels il avait la plus saine influence. Il a été frappé à la tête au moment où, allant d'un groupe à l'autre, il exhortait ses hommes au travail pour le creusement d'une nouvelle tranchée. C'est une perte pour nous et pour le pays ».
Nous ajouterons que la perte est bien cruelle pour les lettres françaises, car Maurice Bouignol avait en lui, on en jugera, l'étoffe d'un grand poète.