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REIF Liane

Chandelier
 
REIF (REIF-LEHRER) Liane
Vienne 14 novembre 1934 - Lexington, Massachusetts) 6 novembre 2019
Passagère du MS St Louis

REIF Liane a Loudun  
Passagers du St Louis
USHMM REIF Liane
ushmm.org Entretien
Cure Alzheimer's Fund Liane REIF
Fille de REIF Chage
Sœur de REIF Friedrich
Oral History
Loudun MS Saint-Louis
Les parents juifs d’origine polonaise de Liane se sont mariés à Vienne, où ils vivaient dans un appartement de 14 pièces dans un quartier de classe moyenne près du Danube. Le père de Liane, dentiste, avait son bureau chez eux.

1933-39: Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938, le père de Liane a été retrouvé mort, un suicide probable. En mai 1939, quatre mois avant que la guerre n’éclate, sa mère réserve un passage sur le St. Louis,un navire à destination de Cuba. Mais les autorités cubaines ont rebroussé l’affaire. Avec quelques autres réfugiés du navire, Liane, sa mère et son frère débarquent dans la ville Français de Boulogne, puis sont envoyés vers le sud à Loudun.

1940-44: Les Allemands envahissent la France. Les Reifs montent bientôt à bord d’un train pour Limoges, qui n’a pas été pris par les Allemands. Au début, ils étaient logés dans un stade utilisé pour des spectacles de cirque, où ils dormaient sur les rangées de gradins en pierre. Ils n’avaient pratiquement pas de nourriture; au cours d’une journée, les repas de Liane se composaient d’un peu de lait, de lentilles brunes bouillies et de pain d’un jour. Parfois, il y avait des pommes de terre ou un œuf. Le jour de son sixième anniversaire, la mère de Liane lui apporta le plus beau cadeau qu’elle ait jamais eu - une pêche et des fruits secs. 
 
En 1941, les Reifs se sont installés à New York, après que des parents les ont aidés à organiser le passage aux États-Unis via le Portugal. Liane a ensuite obtenu un doctorat en chimie.
Holocaust encyclopedia Liare REIF
 
Liane REIF et Jean-Pierre BERG Place Sainte-Croix
Coll. Damon LEHRER
Liane REIF et Jean-Pierre BERG Place Sainte-Croix à Loudun.
 
REIF Sejour Loudun
Archives Municipales - Loudun

Résumé du témoignage (non daté et en anglais) de Liane Reif-Lehrer

 

juin 2021   Jacques Albert

 

Liane Reif-Lehrer ( LRL) est née en novembre 1934 à Vienne (Autriche). Son père, né en Pologne, est venu faire des études médicales à Vienne où il est devenu dentiste. Sa mère, également née en Pologne, l'a rencontré à Vienne. (Fiançailles en 1925)   L’un et l’autre sont Juifs.

LRL a 5 – 6 ans en 39 -40. Son frère, 12 -13.     (Ils figurent sur la liste loudunaise  trouvée aux AD86. JA)

Cabinet dentaire prospère >> middle class.  Théâtre, opéra … A la maison, une cuisinière, une bonne, une nounou qui partage la chambre de LRL …).

 

La Nuit de cristal.  Des hommes pillent leur appartement, sans s'occuper des occupants. Les passeports sont confisqués.  A frozen still photograph.

 

Dans les années 20, un frère et une sœur du père avaient émigré aux USA.Le père ne se résout pas à les rejoindre (Il ne parle pas anglais, il ne pourra pas exercer son métier).

 

30 septembre 1938. Les passeports sont récupérés. Le soir, le père est retrouvé mort au pied d'un escalier de 4 étages. Suicide (car déprimé)  ? Poussé?  Sujet de débat interdit dans la famille.

 

Nouveaux passeports, contacts avec la famille aux USA.

Souvenir d'un gros camion de déménagement. LRL retrouvera le contenu 3 ans plus tard aux USA.

 

Le St Louis à Hambourg. Comme ils doivent partir sans rien, sans argent, la mère achète des tickets 1° classe. Les visas comptent cher aussi.

Train pour Hambourg. Elle a oublié le voyage. >> Cuba >> France.  A little town in central France called Loudun. Ils sont une vingtaine à loger dans un hôtel au bord d'une place.

My mother was neat and clean. Elle est horrifiée par les conditions sanitaires ( chats sur les tables de la cuisine, pas de douche, pas de baignoire, apparemment pas en ville non plus).

 

Arrivée des Allemands. Interdiction absolue de parler allemand. Elle tient parole ( «  Je ne comprends pas  »). Un soldat lui donne des bonbons. Sa mère lui interdit de les manger ( poison). Elle passe outre. Ce même soldat lui donne une petite poupée  ; énorme cadeau pour elle. A nice guy  ! There are good Germans et bad Germans. Elle n'a jamais voulu condamner les Allemands dans leur globalité.   Elle pense être restée entre 9 mois et un an à Loudun. Sa mère était très forte. Elle parlait 5 langues mais pas le français. Elle a porté le deuil de son mari jusqu'à sa mort en 1982.   LRL est revenue à Loudun en 1978.

 

Son frère voulait quitter Loudun, seul ou pas. Il y a eu une réunion des réfugiés à l'hôtel. Il a été décidé de partir en groupe. Seule une famille (avec deux filles) n'a pas suivi et n'a rejoint les USA qu'en 1947. (Il s'agit sans doute des Isner. JA). Ils quittent l'hôtel la nuit. Elle se souvient du trajet à pied jusqu'à la gare. Ils n’emportent rien, sauf le violon du frère. Le passage de la ligne de démarcation se fait sans problème.

Ils se retrouvent à Limoges où ils dorment d'abord dans la gare, puis dans un cirque, puis dans un bâtiment ( 30 femmes et elle à un étage, les hommes à l'étage du dessus avec son frère), puis dans une chambre dans une maison particulière. A Jewish committee les prend en charge. Elle est scolarisée  : Institutrice vieille, sévère, avec chignon. Inspection régulière des cheveux pour les poux. Elle en attrape. Shampoings vigoureux au kérosène puis passage au peigne fin. LRL est une bonne élève, très appliquée.

La nourriture est un souci. Comme elle est mignonne et vive (cute), on l'envoie mendier du pain qui est ensuite partagé avec les autres. Souvenir d'une expédition à pied dans une ferme lointaine pour acheter des oeufs. Au retour, ils découvrent que les oeufs sont pourris. Autre expédition lointaine pour 1 kilo et demi ( 3 pounds) de pommes de terre. Ils les ont fait cuire aussitôt et mangé. Banquet en somme.

Pour son anniversaire, sa mère lui offre un fruit (pêche  ?)  : Le cadeau le plus émouvant qu'elle ait jamais eu. Autres cadeaux qui l'ont marquée  : deux couvertures ( de très mauvaise qualité. Elle en a conservé une) et  des meubles miniatures fabriqués pour elle pour jouer par un charpentier.  LRL est revenue à Limoges en 1963.

 

La famille aux USA demande des visas pour eux. Quand ils ont les visas, il n'y a pas de bateau. Quand il y a un bateau, ils n'ont pas de visas. Finalement, Limoges >> Marseille >> Espagne >> Portugal. Lisbonne  : 2 semaines d 'attente. Embarquement sur le SS Exeter pour New-York.  Un seul souvenir de la traversée  : les 3 ont le mal de mer et ne peuvent pas manger ... après tant de privations  !  Ils sont hébergés par leur famille dans un petit appartement de la partie misérable de Manhattan. Sa mère  : Have I suffered so long and come all the way for this  ?  Elle s’adapte, travaille en usine, ne s’est jamais vraiment intégrée dans un milieu qui n’est pas le sien et qui la surprend ou la choque ( Jamais avant on ne l’avait appelé par son prénom, par exemple). «  We are different  » inculque-t-elle à ses enfants. Elle est désemparée, ne sachant pas par quel bout prendre les problèmes. Ils quittent le petit appartement après 3 mois. Elle fait tout pour ses enfants pendant cette difficile période. Comptabilité du budget tous les soirs. Les enfants ne travaillent pas. Seulement l’école, les études … et les jeux dans la rue parfois.

 

La mère de LRL ne voulait pas parler de cette période ( too emotional). LRL non plus car enfant  ; jusqu’à l’âge de 35 ans puis la mort de sa mère.

 

 

A la fin de l’entretien, LRL présente des photos dont une où elle apparaît enfant avec son frère et d’autres rescapés du St Louis.  ( Photo récupérée à la rencontre des survivants du St Louis à Miami en 1953).