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Bleuet Croix de Lorraine
 
AGUILLON Maurice     
Mirebeau 17 Mai 1897 - Gross-Rosen 15 Mars 1945
  Photo: Assemblée Nationale

AGUILLON Maurice

Inscrit sous le N° 2 de la liste de Mirebeau. 
Classé dans la 1ère partie de la liste en 1913. Permis de conduire auto. 
Incorporé à compter du 9 Janvier 1916. 
Arrivé au Corps (13e Régiment d'Infanterie) le 10 du dit et Soldat de 2e classe. 
Passé au 11e Régiment d'Infanterie le 5 Novembre 1916. 
Passé au 278e Régiment d'Infanterie le 14 Juin 1917. 
Passé au 59e Régiment d'Infanterie le 13 Janvier 1918. 
Disparu le 10 Septembre 1918 au Secteur de Vaux - présumé prisonnier (Avis Ministériel du 30 Septembre 1918 N° 8383). 
Passé dans la réserve de l'armée active le 7 Janvier 1919. 
Rapatrié le 17 Janvier 1919. 
Passé au 125e Régiment d'Infanterie le 18 Février 1919. 
Envoyé en congé illimité de démobilisation à Mirebeau le 25 Septembre 1919 par le 32e Régiment d'Infanterie (10e Échelon N° 594). 
Certificat de bonne conduite "Accordé"? 
Passé au Centre de mobilisation d'Infanterie N° 92 le 1er Mai 1899. 
Placé dans la position dite 'Sans Affectation' le 15-4-35. 
Affecté au dépôt d'Infanterie N° 92 le 27 novembre 1939 (sur sa demande (D.M. 3888-1/ENA du 14 octobre 1939 et note 11550/mob du 27 novembre 1939 du Général Commandant la 9e Région). 
Classé dans la classe de Mobilisation de 1913 le 6 Avril 1940 étant père de 2 enfants vivants (art. 58 Loi du 31 Mars 1928). 
 
Blessures, Citations, Décorations. 
Blessé par balle le 18 avril 1917 à Maronvilliers. 'Plaie à la main gauche'. 
Blessé le 10 septembre 1918 à Etreillers (Aisne). Plaies supperficielles au côté droit et à la figure par éclats de grenade. 
 
Campagnes. 
Contre l'Allemagne 
Intérieur du 10-1-16 au 4-11-16 
Aux Armées du 5-11-16 au 18-4-17 
Intérieur CD du 19-4-1917 au 21-6-1917 
Aux armées du 22-6-1917 au 9-9-1918 
En captivité blessé du 10-9-1918 au 16-1-1919 
Intérieur CD BdG du 17-1-1919 au 10 septembre 1919 
Intérieur du 11 au 25 septembre 1919
Archives Départementales de la Vienne - Registres Matricules - Châtellerault - 1917 1001-1500
 

Photgraphie : Collection Mme Guillet Dominique
 
Elu député radical-socialiste de la Vienne (Loudun-Mirebeau) en 1939.
Révolté par l'armistice du 20 juin 1940, il démissionne de tous ses mandats électoraux et ne se rend donc pas à Vichy pour le vote des pleins pouvoirs à Pétain.
Membre du Réseau Renard.
Arrêté par les Allemands le 30/09/1942 dans la maison familiale à Mirebeau, interné à la prison de la Pierre Levée à Poitiers puis transféré à la prison de Fresnes, avant d'être déporté sous statut Nacht und Nebel le 18/02/1943 à destination du camp de transit d'Hinzert, interné à la prison de Wolfenbüttel, jugé et condamné par le tribunal de Breslau , emprisonné à Brieg puis à la fin de la procédure NN en septembre 1944 transféré au camp de Gross-Rosen (matricule 6180 au SL Hinzert) le camp principal est évacué le 11 février et libéré le 14 février 1945 par l'Armée rouge.

La démission du Député de la Vienne
                    
Documents : Assemblée Nationale
 
           
                  
Documents : Archives Départementales de la Vienne / Jacques ALBERT
 

Photographies : Cyril CLAVEAU
Son nom figure sur le Monument aux Morts de Mirebeau.
 

Photographie : Jacques ALBERT
Une rue de Mirebeau porte son nom.
 
Son nom figure sur le Monument des Députés morts pour la Patrie en 1939-1945
Photographie : Assemblée Nationale
 
Entretien avec Mme Andrée Pichon, fille de Maurice Aguillon, en présence de sa fille Dominique  
et de Jean-Louis Rousseau à son domicile  
20, place de la République à Mirebeau le lundi 28 janvier 2013
Jacques Albert
L’entretien a lieu dans la maison même de Maurice Aguillon. 
 
MA est né en 1897. Parents agriculteurs à La Madeleine. Il a été un des premiers élèves du cours complémentaire de Mirebeau dirigé par Mr Testé. Suite à des divergences familiales*, il ne s’est pas présenté au concours d’entrée à l’Ecole Normale. Il a été l’homme de confiance de Mr Pigneux (marchand de tissu). 
* C’est le frère de MA, père de Maurice Aguillon avec qui j’ai fait des études, qui s’est opposé à ce que Maurice fasse des études. Il devait rester paysan comme lui. 
MA a gardé des séquelles lourdes de la guerre de 14. Trou important dans le dos, problèmes d’estomac, impossibilité de manger normalement. Il ne boit que de l’eau. Parfois, pour le 14 juillet par exemple, il a 3 banquets successifs. Avant de partir, il mange du fromage blanc avec du sucre et du pain sans sel. 
Il se marie en 1920. Ils prennent immédiatement la suite de la grand-mère maternelle (petit commerce : bonneterie, ustensiles, chaises …). 
Théophile Pérot (le quincaillier), conseiller municipal, fait entrer MA au conseil municipal de Mr Rimbert en 1925. Mr Rimbert est élu député en 1932.. 
Il est élu conseiller d’arrondissement en 1931. 
Il est élu député radical-socialiste après la mort du député Coquillaud le 1er avril 1939. (Radical-socialiste et Front Populaire). Il a fait des réunions avec les communistes (Bouloux). 
Il a refusé d’enregistrer ses deux enfants. Il est donc parti comme simple soldat dès les premiers jours de septembre 39. Infanterie à Tours. Il devait aller à St Maixent. Mais démobilisé. Retour à Mirebeau. 
 
Il démissionne à l’armistice. 
Début juillet 40, Borotra, tennisman et député, s’arrête chez MA pour trouver un hôtel. MA l’héberge. Puis Borotra annonce qu’il est en chemin pour Vichy où il va voter les pleins pouvoirs à Pétain. MA a déjà démissionné. Il ne participe donc pas au vote du 10 juillet 40 à Vichy. « Il avait le courage de ses actes ». MA refuse aussi les indemnités d’élu. 
 
Louis Renard a passé sa dernière nuit en liberté chez MA. Il venait de chez Toussaint, professeur du côté de Loudun et de chez les Montaubin (beaux-parents de Jean Lourdault) à Dercé. Le samedi, Andrée est allée à Seuilly à pied chercher un lapin pour le repas. Soupe à l’oseille. Ils étaient 6 ou 7. Louis Renard était accompagné de jeunes dont un était certainement celui qui a dénoncé L. Renard. Le poste émetteur du réseau était à l’abbaye de Ligugé. MA était anticlérical mais pas de problème. L. Renard part le dimanche matin. Il est cueilli à son arrivée le dimanche 30 ou 31 août 1942 donc. 
 
11 septembre 1942. Mr Marot, directeur du Cours Complémentaire de Mirebeau, nommé Inspecteur de l’Education Nationale dans le Nord, membre du réseau Renard, est arrêté. 
 
MA est arrêté le mercredi 30 septembre 1942 à 7 h. du matin par les Allemands. 
Bretzels et aspirine dans sa valise. Les Allemands ont tellement fouillé la pièce que le portefeuille n’est retrouvé qu’une semaine après. 
Les deux postes de radio à la maison sont réglés sur Radio Andorre ( musique préférée des filles). 
Pas d’armes. MA n’était pas chasseur. 
Qui a dénoncé MA ? Le boulanger Clerc, alias Mounette, sans doute. A la Libération, il a dit aux gendarmes : « Si MA revient, j’ai un fusil pour le tuer ». Mme Aguillon a refusé de porter plainte.  
 
La plus jeune fille de MA est entrée le lendemain de l’arrestation de son père, le 1er octobre, au lycée à Poitiers. Amie de la fille de Louis Renard. 
Mme Aguillon allait environ 3 fois par semaine à la Pierre Levée. 
MA est resté longtemps seul dans une cellule. Puis ils ont été deux. 
29 novembre 42 : Une visite est autorisée pour les deux filles. Andrée avait eu 20 ans le 22 novembre. Sa jeune sœur annonce à son père qu’elle a eu le tableau d’honneur. Grande satisfaction de MA. Elles ne le reverront pas. 
Une grande table : D’un côté MA encadré par deux Allemands. De l’autre côté, Mme Aguillon et ses deux filles. L’impression du souffle de quelqu’un caché derrière les visiteuses. 
Mme Aguillon avait des nouvelles de son mari par un condamné de droit commun qui coupait les cheveux à la Pierre Levée et au Camp de la Route de Limoges où travaillait également un gendarme mirebalais. C’est grâce à lui que des nouvelles pouvaient sortir de la Pierre Levée. A sa libération, il est venu rendre visite aux Aguillon. Mme Aguillon a été obligée de tenir la main d’Andrée pour qu’elle accepte de serrer celle du jeune homme. Elle avait peur de cette main qui avait tué. 
MA a dû être transféré à Paris le 12 février 43. Ils sont restés quelques jours . Le 18 en Allemagne. Le 19 au camp d’Hinsert ( voir fascicule). 
Un certain nombre ont été décapités. MA a ensuite disparu. Son corps n’a pas été retrouvé. Quand Andrée, majeure, s’est mariée, il a fallu un contrat car le décès de MA n’était pas reconnu. Puis jugement qui a reconnu la mort.  
Pas de proposition à la famille d’aller en pèlerinage sur place.  
Quand de Gaulle est venu en visite à Mirebeau (années 1960), Andrée Aguillon a refusé que ce soit sa fille qui offre la gerbe de fleurs. Ce jour-là, deux soldats ont surveillé la maison Aguillon. Marie Besnard était là. Elle s’est présentée à de Gaulle … qui a refusé de lui serrer la main. 
 
Le camp de prisonniers Sénégalais, sur la route de Lencloître, après le château d’eau. MA en fait évader 3, dont le chef Guy Ramba. Ils ont été hébergés et soignés 3 jours chez MA par le Dr Landry, 1er adjoint. 
Evacuation des Sénégalais : Mirebeau – Thurageau – Vendeuvre – Archigny – Le Blanc.  
 
La rue Maurice Aguillon. Personne de la famille n’a été invité à l’inauguration!! A cause d’une personne de la mairie. Aujourd’hui, Journée dd la Déportation en avril. 
A Champigny-le-Sec, deux clans bien nets, communistes et droite. En 1936, la gauche gagne. Quasi-émeutes. MA est désigné, comme conciliateur, par le préfet pour calmer le jeu. Il dort et mange sur place, chez le maire. Les gendarmes lui amènent des vêtements de rechange pour aller à Poitiers. 
Plaques au Collège et à la Mairie. 
Aucune reconnaissance financière. Seulement exemption de l’oral à l’examen comme fille de déporté et bourse. 
1940. L’arrivée des Allemands à Mirebeau. Les filles Chanfreau, Daguet et Aguillon sont cachées dans une cave. 
Kiosque sur la place. Les Allemands y jouent. Obligation pour la population d’y assister. MA fait détruire ce kiosque.  
 
La Libération de Mirebeau. 
Femmes tondues (dont Mme Thibault, la femme de la quincaillerie Pairault dont le mari protestait).  
Hommes avec fusils. 
Cérémonie au Monument aux Morts avec les maquisards, la famille Aguillon, Mme Marot. 
Un nom est retenu: Bedel. 
 
Les réfugiés.  
 
Les Lorrains. Ils étaient évidemment démunis. La municipalité les nourrissait aux hôtels Dervault et Dansac. Un jour, deux ministres sont venus voir comment ça se passait. Ils ont été très positivement impressionnés par la qualité de l’accueil. 
 
Les Juifs.  
- Une famille (père, mère, filles) a habité à l’actuelle crêperie, ex-photographe Bridonneau. 
- Sur la place, des marchands de chapeaux. Lévy ? Isaac et Abel. Bagarre familiales. MA est intervenu. C’est cette famille qui a confié ses économies à Mr Métivier avant de partir (souvenir de Mr Rousseau). Ils étaient très bien intégrés. Ils faisaient les marchés et les foires. 
Un matin, ils ont disparu. Ils avaient été arrêtés. 
- Une autre famille juive qui a vendu les autres. 
- Beaucoup de Juifs (une douzaine ?) ont été mis à l’Hôtel Dansac dont une jeune avocate, très gentille. Un jour, elle est partie en disant : « Au revoir. Jamais vous ne me reverrez ». Ce sont des rescapés de ce bateau (voir ailleurs) parti vers l’Amérique puis revenu, faute d’être autorisé à accoster. 
Il y a quelques années, des Américains juifs sont venus revoir où ils avaient habité. Emotion de Mme Pichon. 
Il y a 7 ans, un incendie a brûlé les souvenirs de MA. 
Transcription revue par Mme Pichon Jacques Albert  
 
Nouvel entretien avec Mme Pichon, née Aguillon, 
à son domicile de Mirebeau,  
en compagnie de Mr Henri Calmon 
le vendredi 19 avril 2013
Jacques Albert
Mr Henri Calmon (HC) a écrit un ouvrage sur le Réseau Renard, ouvrage qui doit sortir dans les jours qui viennent. Il a appris, par mon intermédiaire, l’existence de Mme Pichon, fille de Maurice Aguillon (MA) ; et de Mme Lourdault, à La Guerche Cne de Dercé, fille des Montaubin, eux-mêmes membres du Réseau Renard (RR).  
Après l’entretien résumé ci-dessous avec Mme Pichon, nous sommes allés à Dercé où HC a pu éclaircir des détails sur l’activité des derniers jours de Louis Renard (LR) entre Poitiers, Loudun, Dercé, Mirebeau. Grâce également aux souvenirs écrits récemment par le frère de Mme Lourdault, Mr Edgard Montaubin, qui a 92 ans, a lui-même fait partie du RR et a été un des acteurs de ce dernier jour de liberté de LR. 
 
Je ne note ci-dessous que ce qui n’a pas déjà été dit et noté lors des autres entretiens avec Mme Pichon. 
 
L’épouse de MA est morte fin janvier 1990. Son autre fille en 1991. 
LR a écrit un journal en prison et a réussi à le faire sortir de la Pierre Levée. Comment ? Nul ne sait. Il est en possession des enfants Renard. 
Pour les voisins, LR était, le jour de son passage chez MA, quelqu’un en situation de divorce qui venait demander conseil au député. 
LR venait de Loudun. Il était parti de Poitiers le matin en car, le vélo sur le toit. Il voulait voir le Père De Bélin avec Toussaint qui n’était pas au rendez-vous. Il revient via Dercé et Mirebeau. 
Mme Pichon ne se souvient pas avoir vu LR avant. Mais MA allait souvent à Poitiers. Il connaissait bien Hulin, Georges Maurice, Guillaume Poule (franc-maçon de haut-niveau) par exemple. Ils étaient rad-soc. Georges Boret, Adrien André aussi cités (Boret a été tendance Front Populaire puis a suivi Pétain ! (Le retour à la terre etc). 
Plusieurs jeunes ( 3 peut-être) sont venus retrouver LR chez MA le soir. Ils sont venus à vélo, qui ont été garés dans la cour. Un est resté dormir à Mirebeau avec LR: Bernanos. ¨Pour Mme Pichon, c’est lui qui a trahi LR. HC ne le croit pas. MA doutait aussi de Bernanos. 
Selon HC, LR a donné l’ordre, depuis Mirebeau de brûler les papiers cachés au Palais de Justice à Poitiers. Qui a mené cet ordre à Poitiers. En tout cas, le concierge du Palais de Justice n’a pas obéi et s’est contenté de déplacer, mieux cacher les documents. Les Allemands les ont trouvés. 
Bernanos est parti à vélo en même temps que LR. Etait-il le neveu de Georges Bernanos ? LR est arrivé vers 10 h. à Poitiers. 
Bernanos n’a pas été arrêté. Il a été tué dans le Maquis en 44, à Savigné- Levescault. Pour HC, Bernanos a été loyal. C’est lui qui a fait mettre à l’abri les deux fils de LR. 
(Pour le récit de la journée de l’arrestation à Poitiers, voir le livre de HC) 
MA a appris par téléphone l’après-midi que LR avait été arrêté. 
Mme Pichon : Ce qui est étrange, c’est que l’amie de Bernanos est venue vivre chez Mme Marot à Mirebeau. Mr Marot avait été arrêté le 11.09.1942. Mme Pichon n’a pas fréquenté cette jeune fille. 
74 personnes arrêtées. Sur 97 noms, 34 n’ont pas été inquiétés. 
Toussaint, adjoint de LR, alors en vacances à Richelieu mais habitant à Poitiers. C’est lui qu’ Edgard Montaubin est allé avertir dans la nuit de son arrestation possible. Lorsque Montaubin arrive à Richelieu, Toussaint a déjà été arrêté. C’est André Guillon qui a donné le nom de Toussaint. C’est Toussaint qui aurait été abusé et a donné des noms, informations qui se sont ajoutées aux documents trouvés au palais de Justice et à la faculté de Droit ( Le Professeur Cartan avait transformé les noms en formules chimiques. Il était professeur de physique-chimie. Cette liste de formules chimiques a été traduite vers le 7 septembre 42.) 
Il ne faut oublier qu’en 42 certains pensent toujours que Pétain joue le double jeu. 
Le lendemain matin, MA a fait brûler de nombreux papiers, dont Regard, un journal tendance communiste, distribué par l’écrivain Georges David. 
LR, averti de son arrestation possible, n’a pas voulu se cacher. Entre autre à cause de sa famille et de ses 6 enfants.