L’entretien a lieu dans la maison même de Maurice Aguillon.
MA est né en 1897. Parents agriculteurs à La Madeleine. Il a été un des premiers élèves du cours complémentaire de Mirebeau dirigé par Mr Testé. Suite à des divergences familiales*, il ne s’est pas présenté au concours d’entrée à l’Ecole Normale. Il a été l’homme de confiance de Mr Pigneux (marchand de tissu).
* C’est le frère de MA, père de Maurice Aguillon avec qui j’ai fait des études, qui s’est opposé à ce que Maurice fasse des études. Il devait rester paysan comme lui.
MA a gardé des séquelles lourdes de la guerre de 14. Trou important dans le dos, problèmes d’estomac, impossibilité de manger normalement. Il ne boit que de l’eau. Parfois, pour le 14 juillet par exemple, il a 3 banquets successifs. Avant de partir, il mange du fromage blanc avec du sucre et du pain sans sel.
Il se marie en 1920. Ils prennent immédiatement la suite de la grand-mère maternelle (petit commerce : bonneterie, ustensiles, chaises …).
Théophile Pérot (le quincaillier), conseiller municipal, fait entrer MA au conseil municipal de Mr Rimbert en 1925. Mr Rimbert est élu député en 1932..
Il est élu conseiller d’arrondissement en 1931.
Il est élu député radical-socialiste après la mort du député Coquillaud le 1er avril 1939. (Radical-socialiste et Front Populaire). Il a fait des réunions avec les communistes (Bouloux).
Il a refusé d’enregistrer ses deux enfants. Il est donc parti comme simple soldat dès les premiers jours de septembre 39. Infanterie à Tours. Il devait aller à St Maixent. Mais démobilisé. Retour à Mirebeau.
Il démissionne à l’armistice.
Début juillet 40, Borotra, tennisman et député, s’arrête chez MA pour trouver un hôtel. MA l’héberge. Puis Borotra annonce qu’il est en chemin pour Vichy où il va voter les pleins pouvoirs à Pétain. MA a déjà démissionné. Il ne participe donc pas au vote du 10 juillet 40 à Vichy. « Il avait le courage de ses actes ». MA refuse aussi les indemnités d’élu.
Louis Renard a passé sa dernière nuit en liberté chez MA. Il venait de chez Toussaint, professeur du côté de Loudun et de chez les Montaubin (beaux-parents de Jean Lourdault) à Dercé. Le samedi, Andrée est allée à Seuilly à pied chercher un lapin pour le repas. Soupe à l’oseille. Ils étaient 6 ou 7. Louis Renard était accompagné de jeunes dont un était certainement celui qui a dénoncé L. Renard. Le poste émetteur du réseau était à l’abbaye de Ligugé. MA était anticlérical mais pas de problème. L. Renard part le dimanche matin. Il est cueilli à son arrivée le dimanche 30 ou 31 août 1942 donc.
11 septembre 1942. Mr Marot, directeur du Cours Complémentaire de Mirebeau, nommé Inspecteur de l’Education Nationale dans le Nord, membre du réseau Renard, est arrêté.
MA est arrêté le mercredi 30 septembre 1942 à 7 h. du matin par les Allemands.
Bretzels et aspirine dans sa valise. Les Allemands ont tellement fouillé la pièce que le portefeuille n’est retrouvé qu’une semaine après.
Les deux postes de radio à la maison sont réglés sur Radio Andorre ( musique préférée des filles).
Pas d’armes. MA n’était pas chasseur.
Qui a dénoncé MA ? Le boulanger Clerc, alias Mounette, sans doute. A la Libération, il a dit aux gendarmes : « Si MA revient, j’ai un fusil pour le tuer ». Mme Aguillon a refusé de porter plainte.
La plus jeune fille de MA est entrée le lendemain de l’arrestation de son père, le 1er octobre, au lycée à Poitiers. Amie de la fille de Louis Renard.
Mme Aguillon allait environ 3 fois par semaine à la Pierre Levée.
MA est resté longtemps seul dans une cellule. Puis ils ont été deux.
29 novembre 42 : Une visite est autorisée pour les deux filles. Andrée avait eu 20 ans le 22 novembre. Sa jeune sœur annonce à son père qu’elle a eu le tableau d’honneur. Grande satisfaction de MA. Elles ne le reverront pas.
Une grande table : D’un côté MA encadré par deux Allemands. De l’autre côté, Mme Aguillon et ses deux filles. L’impression du souffle de quelqu’un caché derrière les visiteuses.
Mme Aguillon avait des nouvelles de son mari par un condamné de droit commun qui coupait les cheveux à la Pierre Levée et au Camp de la Route de Limoges où travaillait également un gendarme mirebalais. C’est grâce à lui que des nouvelles pouvaient sortir de la Pierre Levée. A sa libération, il est venu rendre visite aux Aguillon. Mme Aguillon a été obligée de tenir la main d’Andrée pour qu’elle accepte de serrer celle du jeune homme. Elle avait peur de cette main qui avait tué.
MA a dû être transféré à Paris le 12 février 43. Ils sont restés quelques jours . Le 18 en Allemagne. Le 19 au camp d’Hinsert ( voir fascicule).
Un certain nombre ont été décapités. MA a ensuite disparu. Son corps n’a pas été retrouvé. Quand Andrée, majeure, s’est mariée, il a fallu un contrat car le décès de MA n’était pas reconnu. Puis jugement qui a reconnu la mort.
Pas de proposition à la famille d’aller en pèlerinage sur place.
Quand de Gaulle est venu en visite à Mirebeau (années 1960), Andrée Aguillon a refusé que ce soit sa fille qui offre la gerbe de fleurs. Ce jour-là, deux soldats ont surveillé la maison Aguillon. Marie Besnard était là. Elle s’est présentée à de Gaulle … qui a refusé de lui serrer la main.
Le camp de prisonniers Sénégalais, sur la route de Lencloître, après le château d’eau. MA en fait évader 3, dont le chef Guy Ramba. Ils ont été hébergés et soignés 3 jours chez MA par le Dr Landry, 1er adjoint.
Evacuation des Sénégalais : Mirebeau – Thurageau – Vendeuvre – Archigny – Le Blanc.
La rue Maurice Aguillon. Personne de la famille n’a été invité à l’inauguration!! A cause d’une personne de la mairie. Aujourd’hui, Journée dd la Déportation en avril.
A Champigny-le-Sec, deux clans bien nets, communistes et droite. En 1936, la gauche gagne. Quasi-émeutes. MA est désigné, comme conciliateur, par le préfet pour calmer le jeu. Il dort et mange sur place, chez le maire. Les gendarmes lui amènent des vêtements de rechange pour aller à Poitiers.
Plaques au Collège et à la Mairie.
Aucune reconnaissance financière. Seulement exemption de l’oral à l’examen comme fille de déporté et bourse.
1940. L’arrivée des Allemands à Mirebeau. Les filles Chanfreau, Daguet et Aguillon sont cachées dans une cave.
Kiosque sur la place. Les Allemands y jouent. Obligation pour la population d’y assister. MA fait détruire ce kiosque.
La Libération de Mirebeau.
Femmes tondues (dont Mme Thibault, la femme de la quincaillerie Pairault dont le mari protestait).
Hommes avec fusils.
Cérémonie au Monument aux Morts avec les maquisards, la famille Aguillon, Mme Marot.
Un nom est retenu: Bedel.
Les réfugiés.
Les Lorrains. Ils étaient évidemment démunis. La municipalité les nourrissait aux hôtels Dervault et Dansac. Un jour, deux ministres sont venus voir comment ça se passait. Ils ont été très positivement impressionnés par la qualité de l’accueil.
Les Juifs.
- Une famille (père, mère, filles) a habité à l’actuelle crêperie, ex-photographe Bridonneau.
- Sur la place, des marchands de chapeaux. Lévy ? Isaac et Abel. Bagarre familiales. MA est intervenu. C’est cette famille qui a confié ses économies à Mr Métivier avant de partir (souvenir de Mr Rousseau). Ils étaient très bien intégrés. Ils faisaient les marchés et les foires.
Un matin, ils ont disparu. Ils avaient été arrêtés.
- Une autre famille juive qui a vendu les autres.
- Beaucoup de Juifs (une douzaine ?) ont été mis à l’Hôtel Dansac dont une jeune avocate, très gentille. Un jour, elle est partie en disant : « Au revoir. Jamais vous ne me reverrez ». Ce sont des rescapés de ce bateau (voir ailleurs) parti vers l’Amérique puis revenu, faute d’être autorisé à accoster.
Il y a quelques années, des Américains juifs sont venus revoir où ils avaient habité. Emotion de Mme Pichon.
Il y a 7 ans, un incendie a brûlé les souvenirs de MA.
Transcription revue par Mme Pichon Jacques Albert