Cérémonie du 18 juin 2024

Discours de M. Jacques Sergent devant la Stèle du bombardement

Le bombardement du 18 juin 1940
 
  
Le mardi 18 juin, à 6 heures, la population loudunaise est mise en émoi par plusieurs explosions ; les vitres de nombreux immeubles volent en éclats ; toutes les maisons tremblent par le souffle des bombes. En un instant, la population est debout, sort dans les rues et accourt sur les lieux sinistrés indiqués par un épais nuage de fumée. Cinq avions allemands viennent de passer et d’accomplir leur œuvre de mort et de destruction.  
 
En hâte, les pompiers, les membres de la défense passive, les divers services de secours, la Croix-Rouge, les gendarmes, les personnalités et les soldats cantonnés dans la ville, tous se rendent dans le quartier de l’avenue de la gare et de la route de Saumur. Là, plusieurs maisons sont effondrées, ensevelissant sous leurs décombres leurs malheureux occupants. M. le Maire organise et répartit les équipes de secours qui, jusqu’au lendemain, s’efforcent de retirer les victimes des décombres. 
 
Avenue de la Gare, un spectacle effrayant s’offre aux yeux des Loudunais. Toutes les maisons ont souffert ; partout on trouve des débris de vitres, d’ardoises et de tuiles. Les couvertures ont été mitraillées et des douilles de balles jonchent le sol. Un barrage de soldats arrête les curieux et ne laisse passer que les sauveteurs ou les personnes accréditées.  
 
Toute la journée, on continue les déblaiements. Les cadavres sont aussitôt transportés à la morgue de l’hôpital transformée en chapelle ardente. Une vingtaine de personnes ont trouvé la mort dans ce bombardement. La journée se passe dans l’horreur et la tristesse tandis que les troupes en débandade passent sur les boulevards. A la tombée de la nuit, de nombreux Loudunais quittent la ville dans la crainte d’un nouveau bombardement et se dirigent vers la campagne à la recherche d’un abri.  
 
M. Pierre Décosse note :  
« Le spectacle est terrible ! L’Enfer de Dante n’est rien à côté de ce que nous avons sous les yeux : Une femme sans tête, puis la tête…des bras…des jambes…des organes….Voilà tout ce qui reste de ceux qui souriaient à la vie quelques heures auparavant. Des scènes atroces se déroulent au fur et à mesure que les sauveteurs retirent les cadavres ou les blessés : Telle cette femme, à demi-folle, qui cherche ses deux enfants enfouis sous les décombres d’un petit pavillon de la route de Saumur ». (Mme Waniowski). 
 
M. Vigé François, chef de canton principal à la S.N.C.F, témoigne :  
« Le 18 juin vers 5h 40, je me levai lorsque, en regardant par la fenêtre de la maisonnette du passage à niveau que j’habite route de Saumur, j’ai aperçu plusieurs personnes, des civils et des soldats qui se couchaient sur le trottoir ; parmi eux, j’ai reconnu M. Roux, chef de district. Je me suis immédiatement couché sur le plancher de la chambre. Les avions ont jeté plusieurs bombes qui ont explosé sur la route de Saumur. Quand tout a été fini, je me suis porté au secours des victimes : plusieurs morts et plusieurs blessés gisaient sur le sol. Face à la maison Rogeon et à la maison Descoux qui venait d’être détruite, gisait M. Roux tué par un éclat de bombe qui l’avait atteint au crâne ».
 
Mme Terzi Elisabeth, veuve Bellini, se souvient : 
« Heureusement que je suis allée chez M. et Mme Lemoine, et merci au destin car je ne serais pas là aujourd’hui, ni ma fille Aline. Une nuit, les Italiens ont bombardé la gare, enfin ils voulaient bombarder la gare, mais ils l’ont manquée ; par contre la maison de M. Lesuire a été en partie détruite. Avec la déflagration de la bombe, Mme Lemoine s’est évanouie ; affolée, je suis sortie de ma chambre. Toute ma famille était dans cette maison démolie et, en chemise de nuit, pieds nus, sans réfléchir, je marchais sur les gravats ; là, devant moi, une grosse bombe était plantée au milieu de la cour. Les militaires me retinrent car ce n’était pas un endroit pour une femme enceinte de 7 mois. M. Lesuire, la femme de ménage et son fils, ont trouvé la mort. La chambre que je devais occuper, la belle chambre rose n’existait plus, pulvérisée. Les membres de ma famille sont sortis tant bien que mal des décombres et, par miracle, blessés mais vivants ».
 
Avenue de la gare, la maison de M. Lesuire est totalement détruite et plusieurs autres habitations sont touchées : l’immeuble de M. Guespin (Hôtel de la Gare), et celui Mme Vve Lemoine (Café-Restaurant). On dénombre trois morts : M. Lesuire Urbain, Mme Merlet Léonie Vve Thibault et son fils Thibault Maurice.

Mme Jeanne Paveau :  
« Mon père est allé dans les décombres retirer des gravats ma grand-mère Léonie Merlet, mon oncle Maurice Thibault, gravement blessé, qui décédera plus tard à la clinique ». 
Sur la route de Saumur, l’ensemble des bâtiments appartenant à Mme Flatraud subissent de gros dégâts notamment l’hôtel, des habitations occupées par des évacués de Moselle et un garage automobiles. On compte trois morts : Mme Charbonneau Lucie née Descoux, M. Lallemand Nicolas, Mme Lallemand Aimée née Petit. La tombe de Lucie Descoux vient d'être restaurée par nos soins ainsi que la plaque :  
"Victime du bombardement du 18 juin 1940".
 
En juin 1986, Mme Lucette Belloin me confiait : « Il était 6 heures du matin, il pleuvait. L’hôtel Descoux avait fait le plein, surtout de soldats français qui se repliaient. Des avions allemands qui sifflaient, lançaient des bombes sur les habitations. C’était affreux, les gens sautaient par les fenêtres, c’était le désordre, la panique, les gens hurlaient. De la maison Charbonneau, c'est-à-dire de la demeure familiale, il ne restait plus rien. J’avais perdu ma mère et j’étais une miraculée ! » 
Toujours route de Saumur, une bombe atteint l’ensemble des locaux de l’immeuble Caillault. Elle entraine la destruction partielle des locaux et les projections d’éclats ont endommagé l’immeuble principal, logement du propriétaire. On recense  deux morts : Waniowski Christine, (enfant de 11 ans) et Mme Waszik Joséphine épouse Howalik Ignace. 
La tombe de Christine Waniowski a été restaurée par nos soins et nous la fleurissons .... 
Mme Jeanne Paveau se souvient : « Nous habitions chez notre oncle Caillault. Le logement étant trop petit pour notre famille, nous avions alors déménagé rue Marcel Aymard. Heureusement, car nous aurions été tous tués ». Elle se rappelle également que Christine Waniowski parlait très bien le français ; elle servait d’interprète auprès de ses parents polonais. 
 
La maison d’habitation Poussineau est sinistrée en totalité ; celle de M. Boudineau, mitoyenne, a subi d’importants dommages. Dans l’immeuble Poussineau, route de Saumur, quatre personnes trouvent la mort : M. Belloche Henri, Mme Belloche Gilberte née Altwies, Mme Brossy Simone née Belloche et son fils Brossy Jacques. Il faut ajouter à ces victimes Mme Poussineau grièvement blessée.
  
Il faut également signaler la bombe tombée dans le jardin de Mme Vve Beaufour, à cheval sur le mur de la clôture. Dans l’impasse du Clos Salé, le chai de Mme Veuve Duverger est complètement détruit. Dans la rue du même nom, des bâtiments appartenant à M. Verceletto sont endommagés ainsi que l’immeuble et les dépendances de M. Bertallo.
 
Le long de la route de Saumur, le magasin de peinture de M. Regnier et les habitations de MM. Rogeon et Foucault sont partiellement touchés. Les immeubles Lallemand, rue du Collège, et Pinet, rue du Grand Champ ont été sérieusement détériorés.
  
Au lieu-dit « La Bâtie », route de Thouars, deux bombes ont incendié la ferme Audiget, causant la mort de l’employé M. Poisson Emile.  
Malgré l’heure matinale, on dénombre de nombreuses autres victimes : MM. Roux Georges, Lechat Alexandre, Guyon Albert, Renoncet Bernard et Mmes Senninger Alice Vve Jacobs, Latapie Raymonde, Kohll Anne Vve Senninger.  
 
Je vous remercie pour votre attention 
L'appel du 18 Juin
 
Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. 
Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l'ennemi. 
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. 
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? 
Non ! 
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. 
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. 
Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis. 
Cette guerre n'est pas limitée au territoire de notre malheureux pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. 
Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialisés des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. 
Quoi qu'il arrive, la Flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. 
Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres.
Photographies : Mme GUILLOTEAU & Facebook - Laurence MOUSSEAU'
C'est le jeune Louis, du Souvenir Français, qui a lu 'L'appel du 18 juin'